Sémiologie et couleur (1/2)

15 janvier 2012

Couleur et sémiologie … quid ?

Subjective, personnelle, culturelle, historique, temporelle ?

J’essaye de présenter ici toutes les incidences possibles de l’usage de la couleur dans un visuel.

Elles sont extraites d’une bibliographie diversifiée que vous trouverez sous l’onglet ‘Bibliographie’. Les points d’entrée sont repérés sous la forme de 3 lettres capitales, suivies d’une référence interne à ma base de données, ex : GRM [R.1176].

Quelques notions

Du point de vue de la théorie physique, une couleur pure est définie par sa longueur d’onde. Hors dans notre environnement, les couleurs ne sont pas ‘pures’, au sens où elles résultent de la somme de plusieurs longueurs d’ondes (un spectre lumineux). Cette seule définition sera donc inefficace pour en parler.

D’où vient-elle ?

La couleur perçue par l’oeil humain est issue essentiellement de la réflexion d’un rayon lumineux, qualifié de blanc si la source est le soleil, sur une surface. Selon la nature de cette surface, des rayons réfractés peuvent aussi apparaître (ex: à travers un prisme), ainsi que des interférences (les ailes de papillon, les irisations). Mais la couleur reste principalement un effet de surface.

La couleur est chez l’homme un des trois éléments exploités par le cerveau pour analyser son environnement, avec la forme et le mouvement ALP [R.1717]. Pas négligeable, donc.

Caractérisation

Pour décrire commodément la couleur, on la définit par trois paramètres : la tonalité (‘teinte’ ‘couleur’), la saturation (‘intensité’ ‘pureté’ ‘vivacité’), la luminance (‘clarté’ ‘luminosité’ ‘albedo’). La ‘valeur’ est une notion proche de la luminance.
/!\ dans la suite de cet article, le mot ‘couleur’ sera utilisé pour le paramètre ‘teinte’, sauf précision ponctuelle.

Ces trois paramètres ne sont pas réellement indépendants : la luminance d’un bleu saturé sera toujours plus faible qu’un bleu ‘clair’ (dépendance saturation/luminance), de même que l’on ne trouvera jamais de bleu saturé aussi lumineux qu’un jaune saturé (dépendance teinte/luminance).

Enfin une couleur est rarement utilisée seule : la juxtaposition de deux teintes entraîne la perception d’un contraste coloré, générateur de signifiés spécifiques.

Une caractéristique visuelle de surface intéressante ne sera pas évoquée ici, car trop dépendante du medium utilisé : la brillance. A regret car significative GRM [R.1174], bien qu’à ma connaissance peu étudiée.

Pour le vocabulaire : une couleur (teinte) est rabattue par le noir, dégradée par le blanc, et rompue par sa complémentaire (son opposée sur le cercle chromatique).

Relativité

La perception de la couleur passe par un capteur qui est la rétine. En physique, un capteur doit toujours être étalonné (comparé à une référence) pour être utilisé ; opération impossible pour l’oeil humain, ce qui veut bien dire que la perception des nuances peut différer entre deux humains de façon significative, et donc interférer dans le passage du signifiant au signifié.

Par ailleurs, parler d’une couleur convoque plutôt dans l’esprit de l’auditeur une teinte pure (saturée). Pour preuve la pléthore de qualificatifs, comparatifs et périphrases que le locuteur ajoute pour préciser la nuance qu’il veut évoquer : pâle / foncé, tirant vers, ‘citron’, et en peinture des expressions comme ‘terre de Sienne’ !

Un signe bien peu arbitraire

La couleur est en règle générale classée comme signe plastique (qui ne ressemble à rien d’autre qu’à lui-même), par opposition au signe iconique (qui ressemble à un élément mémorisé qualifié de référent).

Certains sémiologues sont donc assez circonspects vis-à-vis de la couleur car en tant que tel, le goût subjectif de chacun l’emporterait, rendant délicat de parler de signifié d’une façon générale.

Néanmoins, parmi les teintes, à notre époque, la préférence des occidentaux pour le bleu (et les autres couleurs FBN [R.147]) est stable dans le temps. Si la teinte était un paramètre rigoureusement personnel, par exemple une aversion pour une teinte due à une scène dramatique vécue dans la jeunesse, ou inversement un goût prononcé lié à un plaisir archaïque, alors les préférences devraient être statistiquement réparties sur tout le cercle chromatique, ce qui est faux. La contraposition ( !B => !A) indique bien que le goût pour une couleur n’est pas purement personnelle : il est donc partagé par un groupe de population.

Pour comprendre pourquoi une couleur est préférée à une autre par un groupe, il y a donc un fondement à rechercher les signifiés du signe plastique ‘couleur’. Ce passage du signifiant-couleur au signifié est-il arbitraire ou bien peut-il être qualifié ou caractérisé ?

(la suite …  : 2/2 )

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3 Comments

  1. J’aime bien votre analyse du visuel italien. Je n’ai pas pu avoir accès à votre bibliographie. Connaissez vous le traité du signe visuel du groupe mu ? Je cours après depuis des années, introuvable. Est-ce vraiment une référence incontournable ?
    Merci pour votre blog sur un sujet trop peu abordé.

    • admin dit :

      Oui, j’ai lu le Traité du Groupe Mu, qui se trouve en bibliothèque universitaire par exemple. C’est une référence, en effet, mais ça dépend beaucoup de ce que l’on cherche.
      Merci à vous pour vos réflexions sur la valeur.
      Je devrais pour ma part publier le deuxième volet la semaine prochaine ; il me paraît plus dense que le premier.

  2. Taylor dit :

    Cool blog,looking to communicate

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