La signification n’est pas une question personnelle

15 mars 2018

Une majorité de nos concitoyens pense qu’il y a une proportion du signifié visuel qui relève du subjectif et de l’individu. Cet a priori est difficile à combattre. Pourtant, en visuel comme en linguistique, une immense majorité de signes évoque rigoureusement les mêmes choses pour tout-un-chacun, à l’exception des connotations personnelles du fait de l’histoire propre à chacun.

Partout dans le monde les préférences chromatiques sont nettes et varient peu au sein d’un même continent, ce qui prouve bien qu’il y a une sorte de loi statistique. Or si tous les goûts étaient personnels, ils seraient identiquement répartis, et la statistique ne ferait apparaître aucune préférence, ce qui est faux. Il y a donc un ensemble de signifiés commun à une couleur ou autre forme plastique, qui fait par exemple que le bleu remporte une adhésion massive en occident. Ce n’est pas une affaire individuelle, et la fiabilité reconnue du test d’évaluation professionnelle RODER 5 (RBS), qui exploite un nuancier chromatique sur la base d’une inter-projection, appuie cette affirmation.

Parmi les signes plastiques, il en va de même des graphismes, dont la signification souvent cognitive fait appel à notre vécu et à notre expérience terrestre : ce qui augmente (ligne ascendante), blesse (angle aigu), roule (cercle), ce qui est lourd ou fixe (carré), rapide (trait, flèche, ligne brisée), mou ou souple (ondulation), etc … . Si culture et tradition sont des paramètres susceptibles de faire varier les signifiés, par exemple le sens de lecture influe sur le signifié temporel gauche/droite d’un visuel, aucun n’a la faculté de modifier notre perception du monde.

Il n’y a donc pas d’influence personnelle déterminante concernant les signes plastiques. De plus une grande partie des signes plastiques est perçue non consciemment, ce qui accroît son indépendance vis-à-vis de la mémoire autobiographique. Cette mémoire est une fonction de la mémoire épisodique, celle de nos souvenirs conscients.

L’interprétation des signes iconiques fait en général appel à leurs référents, entretenant avec le signe une relation d’analogie. Ils sont utilisés comme autant de figures de style possibles : métaphore (<= abstraction), métonymie (<= réalité), paradoxe, ellipse, … héritées et transposées à juste titre de la linguistique. Ils sont liés à notre environnement, culture, histoire, habitudes de vie, de consommation etc…, et sont autant de codes que le spectateur cible doit reconnaître, consciemment ou non, pour être efficaces. On peut, comme nous l’avons fait pour la couleur, admettre une influence personnelle dans le signifié iconique, en ce que le référent peut être rejeté ou connoté par une aversion issue de la vie du spectateur ; une telle réaction reste marginale et ne compromet pas le pragmatisme de la démarche.

Le symbole, distingué par certains sémiologues des signes iconiques, n’est reconnu que par une démarche cérébrale volontaire du spectateur, qui associe le signe à un concept en général abstrait. En effet, le symbole n’a aucun caractère d’analogie avec son signifié (le rameau d’olivier pour la ‘paix’). C’est un code partagé par une population, typiquement bien au-delà de l’individualité.

Ainsi, perception et signification visuelles, pour partie non-conscientes, sont majoritairement issues de facteurs explicables, qualifiables, pragmatiques. Comme en linguistique, la sémiologie au lieu d’être limitative, ouvre au contraire l’univers des possibles signifiés.

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